Un lieu d’accueil clé sur porte qui soutient le développement de la création artistiqueEn m’offrant le temps et l’isolement nécessaires, la résidence m’a permis de mieux structurer ceprojet qui était en gestation depuis plusieurs années. Grâce à un espace de vie et de travailindividuel ainsi qu’à une flexibilité dans la durée, la résidence crée un cadre favorable au tempslong de l’ouvrage et à l’intimité, par opposition au souci de rendement et d’optimisation quientravent trop souvent la création.

À partir d’un quotidien ritualisé entre des marches au grand air et des expéditions dans la région,mon processus de recherche a bénéficié d’une expérience sensible autour des questions de lalumière et de l’espace. La quiétude des lieux et la beauté des paysages ont sans nul doutecontribué à une meilleure compréhension de ce travail où l’interrelation physique et émotionnellejoue un rôle majeur.
La maison est le fruit d’une longue quête menée par l’artiste peintre Claude Panier et sa compagne, Isabelle Parisod, à la recherche d’un lieu propice à la création.
Nichée dans une vallée fertile dans la région d’Alicante, elle offre une vue dominante sur des amandiers et des oliviers centenaires en restanque. Dès son origine, Claude Panier l’a conçue comme un espace de quiétude et de lumière, favorable au travail artistique.Après son décès, Isabelle Parisod a poursuivi ce projet en agrandissant et rénovant la maison afin d’offrir aux artistes un cadre inspirant pour développer leurs projets.
Aujourd’hui, elle ouvre ces lieux à la création et à l’échange, perpétuant ainsi la vision initiale d’un refuge dédié à l’art et à l’expression.








Située à près de 800 mètres d’altitude dans la région d’Alicante, la maison domine un paysage dégagé composé de terrasses plantées d’oliviers, d’amandiers et de majestueux pins. À seulement quelques kilomètres de Torre de la Mançanas—un village pittoresque réputé pour son climat tempéré et son environnement naturel préservé—elle jouit d’une tranquillité idéale pour la réflexion et la création, tout en restant facilement accessible depuis Alicante.Construite en « Taperal », une pierre locale caractéristique de la région, la demeure offre plusieurs espaces extérieurs où s’installer pour travailler, lire ou simplement profiter du calme. Son implantation privilégiée, à la fois isolée de l’agitation urbaine et ouverte sur un panorama exceptionnel, en fait un refuge propice à l’inspiration et à la détente.
Le studio dédié à la résidence artistique est aménagé à l’une des extrémités de la maison, avec un accès indépendant, tout en restant relié à l’habitation principale si nécessaire. Il comprend une petite chambre équipée d’un lit double, un espace de vie avec canapé-lit et poêle à bois, ainsi qu’une cuisine et une salle de bains.Deux « casitas », de petits cubes en métal et en verre installés dans le jardin, peuvent servir de chambres confortables en pleine nature ou être transformées en ateliers de 3 × 3 mètres, offrant ainsi des espaces supplémentaires pour travailler ou se détendre.
En complément des « casitas » qui permettent de travailler en pleine nature tout en bénéficiant du confort d’un espace clos, un dojo de 7 m² a été construit au fond du jardin. Protégé des intempéries, il offre un lieu propice aux pratiques artistiques ou corporelles en extérieur, dans une atmosphère paisible et isolée, tout en maintenant un lien direct avec l’environnement naturel.







Ouverte à toutes les disciplines artistiques, notre résidence vous accueille pour des projets créatifs en toute liberté. Sachez toutefois que l’espace atelier, tout en étant conçu pour inspirer vos démarches, reste intime par sa dimension. De même, vous ne trouverez pas sur place de fournitures artistiques ou d’équipements lourds ou machinerie.
Il vous faudra donc venir avec vos outils ou jouer d'inventivité pour vos installations techniques.
En accord avec une vision qui soutient et encourage la création artistique, aucun loyer sera demandé à nos résidents. Héritière d’une maison ayant appartenu à un artiste, elle incarne l’esprit de partage face aux défis économiques que rencontrent les créateurs.
Néanmoins, il est important de préciser que, s’agissant d’une propriété privée, une contribution de 100 € par mois sera demandée. Cette participation vise à assurer la pérennité du projet et à permettre à ce lieu unique de continuer à être une ressource inspirante et accessible pour les artistes d’aujourd’hui et de demain.
S’inspirant des métamorphoses du paysage et des conditions climatiques, la résidence se décline en quatre périodes, chacune correspondant à une saison. Le panorama, qui se transforme au fil de l’année, offre des ambiances singulières propices à la création.
Les dates de début de résidence sont fixées au 15 octobre, 15 janvier, 15 avril et 1er juin. Pour garantir un processus de sélection efficace, les candidatures doivent être envoyées avec un préavis minimum de 3 mois.
La disponibilité de la prochaine session sera communiqué un peu plus bas.
Pour soumettre votre candidature, merci de nous adresser un courriel qui comporte une photo et une présentation détaillée de votre projet, en expliquant vos motivations artistiques. Nous vous invitons également à joindre une courte biographie, votre CV artistique ainsi qu'une description de vos affinités artistiques.
Cette démarche nous permettra de mieux appréhender votre univers créatif et de nourrir le dialogue à travers la diversité des approches au sein de notre résidence.
Artiste photographe dont le travail explore les liens entre mémoire, sensorialité et héritages culturels, Patrick Charpentier construit depuis plusieurs années une recherche autour des palmiers comme figures hybrides — à la fois familières et profondément chargées d’imaginaires coloniaux. Son projet, né d’un souvenir intime et d’une réminiscence musicale — la voix de sa mère, ravivée par la Romance de Nadir dans Les pêcheurs de perles — interroge la manière dont les images, comme les souvenirs, se révèlent, se déforment et disparaissent.
Armé d’un Polaroid SX-70 et de films instantanés noir et blanc, il photographie les palmiers aux quatre coins du monde. Ces clichés, fragiles et vibrants, fonctionnent comme des fragments de mémoire : immédiats mais éphémères, précis mais toujours fugitifs. Ils ouvrent un dialogue entre l’intime et le politique, questionnant l’héritage de l’orientalisme et les représentations façonnées par l’histoire coloniale européenne.Le Mas del Taperal occupe une place déterminante dans l’évolution de cette recherche. C’est dans ce lieu d’accueil, propice à l’isolement, à la concentration et à l’expérimentation, qu’il a pu structurer ce projet mûri sur plusieurs années.

Il y retournera prochainement pour une deuxième résidence, poursuivant son exploration de la lumière, de l’espace et de l’interrelation entre expérience physique et affects. Située près d’Elche — la plus grande palmeraie d’Europe — la résidence nourrit son travail d’un ancrage territorial fort, où paysages, marche et rituels quotidiens deviennent le moteur d’une pratique sensible.Au Mas del Taperal, il poursuivra ainsi la création d’un corpus où la mémoire personnelle rejoint l’histoire culturelle, et où chaque image interroge notre regard — et ce qu’il révèle de nous.
Tout le monde n'a pas la chance de vivre un voyage créatif transformateur dans un lieu aussi magique. Pour moi, cette magie s’est révélée au Mas de Taperal, à Torremanzanas, où je suis devenue la toute première artiste en résidence. Mon espace — une ferme espagnole centenaire — était chaleureux, accueillant, baigné de lumière naturelle, un véritable havre pour explorer mon art.J'ai commencé à peindre au cœur du jardin, mon pinceau guidé par les couleurs et les textures du paysage environnant. Peu à peu, mon travail s’est étendu au-delà de ses limites initiales, investissant les collines ondulantes et les ruelles sinueuses des villages voisins, chaque allée tortueuse et chaque coin baigné de soleil m'offrant une inspiration infinie.

À la fin d'une journée riche en créativité, je suivais le sentier des chèvres, un chemin familier de vingt minutes jusqu’au village, achetant de quoi préparer le dîner tout en cueillant du romarin, de la sauge et du thym poussant à l’état sauvage le long du parcours. Le rythme de cette routine, cette paisible communion avec la nature, est devenue une composante même de mon art. De retour aux États-Unis, j’ai ressenti tout le poids d'avoir laissé derrière moi ce paradis. La transition a été difficile — jusqu’à ce que ma première exposition des œuvres créées là-bas me rappelle à quel point cette expérience avait été extraordinaire. Au début, j’ai hésité à la partager, protégeant ce souvenir comme un trésor rare. Mais avec le temps, je me suis surprise à raconter, à tous ceux qui voulaient bien m’écouter, ce rêve devenu réalité.
À propos de la résidence Le Mas de Taperal à Torremanzanas, Espagne
Un lieu d’accueil clé sur porte qui soutient le développement de la création artistique. En m’offrant le temps et l’isolement nécessaires, la résidence m’a permis de mieux structurer ce projet qui était en gestation depuis plusieurs années. Grâce à un espace de vie et de travail individuel ainsi qu’à une flexibilité dans la durée, la résidence crée un cadre favorable au temps long de l’ouvrage et à l’intimité, par opposition au souci de rendement et d’optimisation qui entravent trop souvent la création.À partir d’un quotidien ritualisé entre des marches au grand air et des expéditions dans la région ,mon processus de recherche a bénéficié d’une expérience sensible autour des questions de la lumière et de l’espace. La quiétude des lieux et la beauté des paysages ont sans nul doute contribué à une meilleure compréhension de ce travail où l’interrelation physique et émotionnelle joue un rôle majeur.

À propos de la recherche
Un projet photographique autour d’un opéra orientaliste, de palmiers et de la mémoireAujourd’hui, je pars pour la résidence à Torremanzanas qui se trouve à côté de Elche, la plus grande palmeraie d’Europe.Pendant un mois, je vais y photographier les palmiers, comme je le fais depuis plusieurs années, aux quatre coins du monde, avec un Polaroid SX-70 et des films instantanés noir et blanc.Ce projet est né d’un souvenir — un souvenir de voix, de musique, de présence.Ma mère aimait écouter les airs d’opéra à la radio. Je me souviens de la voir monter le son quand elle reconnaissait un air familier. Ses yeux brillaient, et maladroitement, elle chantait.Un jour, j’ai ré-entendu la Romance de Nadir dans Les pêcheurs de perles de Georges Bizet. Cet a ressuscité en moi quelque chose de profondément enfoui : la voix de ma mère. Une voixdisparue, oubliée, mais qui revenait par la musique.« Je crois entendre encore, cachée sous les palmiers, sa voix tendre et sonore » chante Nadir, dans ce rêve éveillé où passé et présent se confondent.Depuis ce jour, je photographie les palmiers — ces silhouettes exotiques devenues familières, ces témoins muets qui peuplent l’imaginaire colonial occidental. Au départ, je ne savais pas pourquoi. Ille fallait, c’est tout. Cette attention portée aux palmiers, devenue obsession, n’était peut-être qu’un biais de confirmation : ils étaient là depuis toujours, mais maintenant je les voyais. Comme on revoit quelqu’un dans un reflet.Ces photographies sont réalisées exclusivement avec des Polaroids instantanés, dont la nature même évoque la mémoire : immédiate mais éphémère, souvent imprécise, sensible au temps. Le Polaroid, avec ses contrastes parfois tremblants et ses zones floues, agit comme une image mentale.Il fige l’instant tout en suggérant sa disparition imminente. Comme les souvenirs, il se révèle lentement, laisse apparaître des formes qui étaient là mais que l’on n’avait pas encore vues.Chaque cliché devient alors un fragment de mémoire — personnelle, mais aussi collective.Mais ce projet va au-delà de l’intime. Il interroge aussi ce que représente Les pêcheurs de perles,œuvre phare de l’orientalisme musical du XIXe siècle. Un opéra français situé à Ceylan (SriLanka), rêvé à travers le filtre exotisant de l’Europe coloniale. Comme souvent dans les œuvresorientalistes, l’Orient n’est qu’un prétexte esthétique, un écran de projection pour les fantasmesoccidentaux.Comme le rappelle Edward W. Said dans L’Orientalisme (1978), « l’orientalisme fut plus qu’unauxiliaire de la colonisation, il en fut un alibi, jusqu’à la domination par le discours, grâce à l’effetperformatif des représentations. » Said y démontre comment l’orientalisme, en liant savoir etpouvoir, a permis de justifier l’expansion coloniale européenne — en créant un imaginaire del’Orient qui naturalise la domination.Aujourd’hui encore, cet opéra est régulièrement joué, souvent sans remise en question de sonregard sur l’« autre ». Mais quel regard portons-nous sur ce type de représentation dans un mondepost-colonial ? Que signifie écouter, applaudir, exposer, transmettre ces œuvres aujourd’hui ?Dans une perspective sociologique, ce projet s’inscrit aussi dans les analyses de Pierre Bourdieu,qui écrivait dans La Distinction (1979) :« Le musée est important pour ceux qui y vont dans la mesure où il leur permet de se distinguer deceux qui n'y vont pas. »L’opéra, tout comme l’art contemporain, participe à cette logique de distinction et de légitimationculturelle.Et comme le disait Antonio Gramsci, cité par Bourdieu :« L’ouvrier a tendance à transporter dans tous les domaines ses dispositions d’exécutant. » Cettedomination symbolique, intériorisée, crée une forme de reconnaissance silencieuse des normesimposées par les classes dominantes.Ces photographies, dans leur fragilité instantanée, sont à la fois des objets sensibles et politiques.Elles racontent une voix retrouvée sous les palmiers.Elles interrogent un regard, un héritage, une esthétique du pouvoir.Elles posent la question : que voyons-nous quand nous regardons l’Orient ?Et que dit ce regard de nous-mêmes ?
Nous avons passé dix jours de résidence d'écriture (de scénarios) au Mas de Taperal. Le mas est superbe, le studio pour les résident.e.s permet d'avoir son intimité et son autonomie pour mieux se retrouver le soir sous le grand arbre à la terrasse autour d'un délicieux repas dans la rigolade et les belles discussions avec Isabelle (et d'autres résident.e.s). Nos sessions d'écriture au dojo (traversé par un vent très doux qui permet de profiter de l'extérieur et de la vue sur les collines, sous les oliviers et les amandiers sans souffrir de la chaleur) étaient entrecoupées de baignades toujours escortées par Yago l'adorable maître nageur à quatre pattes. Le village se trouve tout près (12min à pied) il y a des commerces, des petits cafés, et un marché dominical. Le vendredi soir c'est fanfare à la casa cultural, si vous êtes musicien.ne.s peut-être que vous pourrez vous joindre...Le mas de Taperal est un endroit idéal pour déposer ses pensées et travailler loin du quotidien bruxellois.

Nous avons passé dix jours de résidence d'écriture (de scénarios) au Mas de Taperal. Le mas est superbe, le studio pour les résident.e.s permet d'avoir son intimité et son autonomie pour mieux se retrouver le soir sous le grand arbre à la terrasse autour d'un délicieux repas dans la rigolade et les belles discussions avec Isabelle (et d'autres résident.e.s). Nos sessions d'écriture au dojo (traversé par un vent très doux qui permet de profiter de l'extérieur et de la vue sur les collines, sous les oliviers et les amandiers sans souffrir de la chaleur) étaient entrecoupées de baignades toujours escortées par Yago l'adorable maître nageur à quatre pattes. Le village se trouve tout près (12min à pied) il y a des commerces, des petits cafés, et un marché dominical. Le vendredi soir c'est fanfare à la casa cultural, si vous êtes musicien.ne.s peut-être que vous pourrez vous joindre...Le mas de Taperal est un endroit idéal pour déposer ses pensées et travailler loin du quotidien bruxellois.

Mas de Taperal
Se lever. Marcher. Observer.
Être baignée de lumière, fouler la terre blanche, assoiffée.
Le vent dans les pins, le souffle du lieu.
Exercer son corps, aiguiser son esprit. Laisse couler les idées, les impulsions.
JOUER JOUER JOUER c’est JOUIR
Des cornes de bœuf apparaissent.
Invoquer
Dali. Buñuel.
ELLE sera nue.
elle portera les cornes.
L’objet téléphone comme œil, comme mémoire.
Nue entre les oliviers, les amandiers,
tôt le matin, avec les cornes.
Battre le sol de ses pieds, en soulever la poussière
Est-ce qu’elle sera la bête ?
Le toréador ?
Les deux ?
Peut-être…
du sang ?peut être du lait….
Ou seulement de la boue.

Ce projet marque pour moi une étape nouvelle. J’essaie d’approcher ma propre pratique à travers les matières et les formes que je trouve ici. Elles s’imposent, m’invitent à créer, réveillent ma réflexion sur le corps. Épines, cornes, terre, insectes, fleurs desséchées : chacun de ces fragments m’ouvre un geste, une image.Quelques semaines avant mon arrivée à Mas DeTaperal, j’ai visité la maison de Dalí. J’en garde l’empreinte : la poésie des lieux, la puissance des objets, les associations étranges qui tissaient son univers. J’ai aussi été happée par la chaleur de l’été : les corps allongés, écrasés, presque fondus dans les sièges, engloutis par la masse ardente. Ces visions m’accompagnent encore, en écho à mes lectures et relectures autour du surréalisme, de Dalí, de Bataille et de son œuf.
Peu avant mon départ, j’ai aussi reçu dans mon atelier la personne en charge du Daily-bul à La Louvière. Un projet d’exposition solo se dessine. Nous avons parlé de Topor, de sa collection, et de la manière dont nos univers pourraient dialoguer. À Mas Del Taperal, je travaille avec ce que le territoire m’offre. Je collecte, je dessine, je filme, je performe. Le bestiaire (taureau, insectes, mues, cornes) croise l’observation naturaliste (terre friable, pins, ombres, fleurs sèches). Le jeu s’impose au centre : jouer avec la matière, le corps, l’image. Car jouer, c’est aussi jouir, chercher sans relâche une narration du vécu, du sensible, de l’être.
Dans mon travail, le corps entre en relation avec des objets, des éléments de mobilier, des matériaux bruts ou symboliques. Cette relation n’est ni purement utilitaire, ni décorative. Elle s’inscrit dans une tension : celle d’un corps qui cherche à habiter ou à perturber le monde des formes figées. Cette tension évoque parfois, malgré moi, des pratiques issues des sphères BDSM, telles que la forniphilie — ce terme, soufflé par Tristan Trémeau quelques jours avant mon arrivée ici, désigne la pratique où le corps devient meuble, où le mobilier devient partenaire. Mais là où cette pratique met en scène domination et soumission, je détourne cette dynamique vers une recherche poétique, rituelle et politique. Le mobilier devient alors point d’appui symbolique : charge, totem, prolongement du corps, voire corps en soi. Je ne cherche pas à “devenir meuble”, mais à bousculer les hiérarchies entre humain et objet, animé et inerte.

Je me glisse dans cette zone trouble où le corps cesse d’être sujet souverain pour devenir matière parmi lesmatières, territoire d’inscription, de transformation, de fiction.
Ce qui m’intéresse n’est pas la performance pour elle-même, mais la manière dont le corps peut incarner uneidée, un conflit, un désir, une mémoire. Le mobilier devient trace, interface, partenaire de jeu. Il ouvre cettequestion : qu’est-ce qu’un corps libre, dans un monde saturé de formes normées et de rôles figés ?Ainsi, je cherche des points de bascule. Le corps n’est jamais neutre. Je me tiens dans cet entre-deux — entregeste et obsession, pulsion et objet. Là où la forniphilie codifie les rapports de pouvoir, je tente d’ouvrir unespace de jeu et de trouble. J’invoque l’héritage surréaliste et féministe de figures comme la Femme-tiroir deDalí ou les Femmes-maisons de Louise Bourgeois : des corps devenus contenants, architecture, extensiond’un espace mental.
La pensée de Bataille circule en souterrain : le goût pour la transgression, l’érotisme comme connaissance, laconfusion du sacré et du matériel, du sublime et de l’abject.Ce que je cherche n’est pas à choquer.
Ni à séduire.
Mais à ouvrir une faille.
Une brèche où le corps — traversé, contraint, glorieux ou minuscule — devient à la fois parole et image.

Mon travail avance comme une suite de rébus : dessins, vidéos, performances.Ensemble, ils tentent de composer une mémoire poétique du lieu, entre présence et effacement, soin etblessure, réel et imaginaire.
Un passage de Vinciane Despret résonne particulièrement avec ma manière de travailler :
« … les œuvres elles-mêmes allaient produire ces liens, je devais les laisser se connecter entre elles, en mefiant à leur puissance d’articulations et de friction. Je devais me laisser travailler et instruire. Je devenaismoi-même l’objet de l’expérimentation : me rendre disponible à ce que les pièces allaient créer entre elles, deliens, de questions, de connivences, d’êtres nouveaux, de réponses que je devais apprendre à accueillir. J’aienfin trouvé le moyen de rompre avec les explications. »
(V. Despret, Récits de ceux qui restent, p. 38)

Aujourd’hui, lundi 8, je réalise qu’il ne me reste que quatre jours ici. Une douce nostalgie m’envahit : celled’avoir encore tant à faire. J’ai appris ici à ralentir, à laisser le temps s’installer. La quiétude du lieu a infiltréma pratique. C’est sans doute le véritable enseignement de cette résidence. J’aimerai revenir pour filmer, aveccaméra et pied de caméra que je ferai livrer ou glisserai dans une plus grande valise. J’achèterai aussiun nouvel ordinateur : ma vieille machine ne suit plus, et pour le montage vidéo, cela compte.Mais je reviendrai, parce qu’il faut parfois accepter que le travail prenne son temps.Je n’avais jamais dessiné ainsi. Cela me surprend. J’intègre désormais à mes dessins une empreinte de cetteterre. Je peins avec la poussière ocre, trace la silhouette de ces arbres fascinants, assemble les épinesen couronnes, en nids. Je croise ce qui vient de moi avec ce qui s’offre à moi.La vidéo ne ressemblera peut-être pas à celle entrevue en rêve — mais peu importe. Elle existe déjà, quelquepart. Elle existera à nouveau, avec les bons outils, peut-être aussi avec une présence-complice à mes côtéspour filmer. Capturer ?
Hier, c’est Deleuze qui s’est invité, avec son « devenir-animal ». J’ai aimé les images qu’il déployait. J’en retiensune idée simple : sortir d’une identité close pour s’émanciper. Car il n’est pas de territoire sans vecteur de fuite.
Chaque référence agit comme un fil dans le tissage de ma recherche, une voix qui accompagne et détournemes propres obsessions.
•Bataille (l’œil, l’érotisme, la transgression, la matière abjecte) → un corps comme excès, la coulée delait et de sang comme vision sacrée.
•Dalí (l’œuf, le double, la mutation, les femmes-meubles) → transformation du réel en image mentale,le corps comme métaphore.
•Topor → grotesque, absurde, érotisme déplacé, obsession visuelle.•Jodorowsky → rite initiatique, symboles archaïques, sexualité rituelle, lait/sang.
•Arrabal → théâtre de la cruauté, nudité féminine, langage poétique et politique.
•Lynch → dissociation du réel, glissements sensoriels, corps disparus.
Ces influences ne forment pas un panthéon figé, mais un terrain fertile d’associations, un torrent d’images oùje puise pour construire mes propres fragments.
Chez Isabelle on parle
Français
Anglais
Mais aussi chien
On renifle
On tire la langue
On nageOn s’ébroue
On bailleOn vocalise
On se pourlèche
On travaille
On sème
On s’aime

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